Armé de quelques bombes, le député libéral Denis Coderre s’est présenté en conférence de presse la semaine dernière pour sauter sur son chef Michael Ignatieff et se laisser exploser. Depuis ce temps, l’équipe libérale se promène dans les débris pour essayer d’en recoller les morceaux et refaire son image.
On le sait tous, le système politique canadien apporte une importante place aux différents partis du pays. Cette importance envers les partis vient avec un prix, soit la ligne de parti, et ça les différents députés le savent. La règle d’or est que les valeurs du parti viennent avant les valeurs personnelles. Par contre, la semaine dernière, Denis Coderre en avait gros sur le cœur et tout particulièrement sur le leadership de son chef Michael Ignatieff.
Est-ce que Coderre a fait la bonne chose en faisant une sortie publique et en suivant les valeurs et les idées qui lui son chères? Certains diraient qu’il était temps qu’un député se tienne debout et dénonce les pépins du système. Pourtant, les déclarations de Coderre ont fait bien plus de mal qu’autre chose à ce parti qui n’en avait certainement pas besoin.
Par contre, une partie du blâme peut quand même retomber sur Ignatieff lui-même. Dans la dernière année, il avait carrément laissé le dossier québécois dans les mains de Coderre. Ce dernier, en plus d’être lieutenant du Québec et critique officiel, avait le rôle de recruter des candidats libéraux pour les 75 circonscriptions du Québec. Coderre avait pris goût au pouvoir, et quand son chef en décida autrement, celui-ci se sauva comme un enfant en pleurs qui renverse tout sur son parcours.
Des tensions de la sorte au sein même du Parti libéral ne sont pas nouvelles. On se rappelle bien de Paul Martin et Jean Chrétien qui en avaient fait jaser plusieurs à la fin du mandat de ce dernier. La lutte à la chefferie qui a couronné Stéphane Dion n’était pas non plus le meilleur exemple pour montrer l’union du parti. Et personne ne croira celui qui affirmera que l’ensemble du Parti libéral était bel et bien rallié derrière leur chef à la dernière élection.
De son côté, Coderre n’en est pas à une première sortie controversée du genre. En 1987, lorsque John Turner était au pouvoir, Coderre était alors chef des jeunes libéraux dans la province de Québec. Dans leur ensemble, les jeunes libéraux de toutes les provinces avaient affirmé qu’ils réitéraient leur appui à Turner, tous sauf un. Malgré le fait qu’il avait déjà travaillé pour Turner, le chef des jeunes libéraux du Québec de l’époque a préféré donner son appui à Jean Chrétien pour des raisons qui semblent s’avérer personnelles. Comme cette semaine, Coderre a préféré suivre son cœur que son parti.
Malgré tout le tort qu’il a causé aux libéraux, autant au Québec qu’ailleurs au Canada, Coderre ne s’est pas gêné pour accepter une invitation à l’émission Tout le monde en parle à l’antenne de Radio-Canada dimanche dernier. Ces propos étaient beaucoup plus doux au sujet de son chef, qui d’ailleurs avait averti Coderre avant l’enregistrement que tout acte avait des conséquences en politique.
En somme, la semaine a été dure, autant pour le Parti libéral que pour celui qui s’est détruit sur la place publique. Du côté du Parti libéral, le leadership est ébranlé et c’est un retour à la case départ pour Ignatieff qui pourtant avait l’air de commencer à mener son parti. Coderre, de son côté, a signé sa propre mort. Même s’il fait encore partie de l’équipe libérale, son parti et encore moins son chef n’auront confiance en lui dans le futur.